La discrimination positive ne règle rien

– REVUE DE PRESSE –

Les inégalités raciales persistent aux Etats-Unis et les politiques en place n’y changent rien. Ayons donc le courage d’appeler un chat un chat, propose un intellectuel noir conservateur.

Extraits d’un article repris par Courrier international :

Changement de population[...] UNE POLITIQUE HÉRITÉE DE LA MAUVAISE CONSCIENCE BLANCHE
Depuis le début de la politique de discrimination positive, voici trente ans, personne n’a jamais pris la peine de mesurer son efficacité. Des tentatives en ce sens ont été entreprises en 1996, lorsque la Californie a proposé l’adoption d’une loi visant à l’interdire dans toutes les institutions de l’Etat. Mais les études qui ont suivi la grosse frayeur engendrée ont échoué à prouver que la discrimination positive comblait le fossé académique séparant les minorités des Blancs. Et à cet échec la discrimination positive en ajoute un autre en ne parvenant pas à établir une égalité réelle entre Noirs et Blancs. Sans cette parité de base, il ne pourra jamais y avoir de vraie égalité dans l’emploi, les revenus, l’accès à la propriété et à l’éducation supérieure. En revanche, la discrimination positive a rendu aux institutions américaines leur légitimité.

Nous sommes aujourd’hui coincés dans un maquis juridique créé par l’incompatibilité de deux conceptions de l’égalité : la “discrimination indirecte” et l’“égalité devant la loi”. La première est une notion juridique issue d’interprétations judiciaires de la loi sur les droits civiques de 1964. La seconde est une garantie constitutionnelle. La discrimination indirecte laisse entendre qu’un pan entier de la population peut être dit victime de discrimination s’il a été affecté de façon disproportionnée par une politique quelconque.
Si, comme dans l’affaire Ricci contre DeStefano, aucun pompier noir n’obtient d’assez bonnes notes à un concours de promotion alors que beaucoup de Blancs réussissent, cela constitue une discrimination envers les Noirs. La discrimination indirecte est entachée de deux tares intrinsèques : elle permet l’établissement d’une discrimination sur la base d’une simple présomption, et elle rend l’injustice collective. A cause de la discrimination indirecte, tous les pompiers noirs de New Haven ont été déclarés victimes de discrimination alors qu’il n’y avait aucune preuve que la municipalité avait été injuste envers l’un d’eux. Et la municipalité a annulé le concours parce qu’elle savait que si elle n’accordait aucune promotion à un Noir (alors qu’elle en accordait à des Blancs), elle se rendrait automatiquement coupable de discrimination. L’affaire Ricci montre bien que la discrimination indirecte repose sur un argument irrationnel. En annulant le concours parce qu’il avait un impact discriminant contre les Noirs, la municipalité de New Haven a créé un impact discriminant contre les Blancs. La préférence ethnique ne fait que suivre la logique faussée de la discrimination indirecte. Elle permet elle
aussi de présumer qu’il y a eu discrimination sans preuve. Tous les Noirs, y compris des enfants aussi choyés que ceux du président Obama, peuvent prétendre à des mesures de réparation prévues par la préférence ethnique. La discrimination indirecte et la préférence ethnique sont représentatives des politiques élaborées par une Amérique coupable. Elles sont des créations de la “culpabilité blanche” ressentie après les années 1960. Nous nous disputons sur la discrimination positive et la discrimination indirecte parce que nous ne savons pas comment parler de notre problème le plus grave : l’absence de parité entre les Noirs et les Blancs pour ce qui est du développement humain. Nous, les Noirs, connaissons bien l’oppression, mais c’est notre manque d’expérience de la liberté qui nous entrave presque aussi sûrement que l’oppression de jadis. En raison de cette inexpérience, nous ne voyons pas, par exemple, que la préférence ethnique et la discrimination indirecte ne peuvent que nous aider à résoudre un problème que nous n’avons plus. Le problème des pompiers noirs à New Haven n’était pas la discrimination, mais le simple fait que pas un seul Noir n’ait eu d’assez bonnes notes à l’examen pour décrocher une promotion.
Aujourd’hui, le problème noir n’est pas la discrimination mais notre incapacité à progresser. Les Blancs n’osent pas parler franchement de ce problème, et les Noirs sont trop fiers pour se pencher sur le sujet et le mettre sur la table.
Alors, par accord tacite, nous en parlons en termes de discrimination. Mais la persistance de ce faible développement humain rend sans objet la plupart des discussions sur la question raciale aux Etats-Unis.

Shelby Steele
Chercheur à la Hoover Institution de l’université Stanford.

A lire, à voir aussi :
New York Times : « L’Amérique est à l’aube d’un affrontement racial de 30 ans »
Discrimination raciale anti-blanche au travail : les Blancs américains se rebellent
Racisme anti-Blanc : le sentiment de discrimination progresse chez les Britanniques

Ailleurs sur le Web :
Le futur de la discrimination positive en France
> Grande-Bretagne : Christianophobie à l’école

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