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Fofana : un fauve en liberté en 2028 ?
Parmi tous ceux qui ont critiqué le verdict, réclamant des peines plus sévères pour les complices de Youssouf Fofana, aucun n’a osé dire ce que beaucoup ont pensé tout bas : le vrai scandale de ce procès, ce n’est pas que certains aient écopé de dix-huit ans quand l’avocat général en avait requis vingt, c’est que la peine maximale qui ait pu être infligée à ce dingue soit de vingt-deux ans, puisque la perpétuité, en France, c’est en fait vingt-deux ans maximum « incompressibles ». Au-delà, la perpétuité peut-être compressée en une distorsion temporelle et sémantique sur laquelle l’Académie des sciences et l’Académie française réunies feraient bien d’organiser un symposium…
De sorte que Fofana, incarcéré depuis le printemps 2006, pourra être remis en liberté dès le printemps 2028 ! Et qu’à 48 ans, il sera encore dans la pleine force du fauve qu’il se targue d’avoir été le jour où il tué Ilan Halimi : « Il vaut mieux vivre un jour comme un lion que cent jours comme un mouton », a-t-il dit au dernier jour de son procès… Et comme il est parti pour vivre dans les 8 000 jours comme un lion en cage, il est à craindre qu’il est tout à coup besoin de libérer son énergie…
La libération de Fofana ne sera certes pas automatique. Cela dépendra de son attitude en prison et de l’évolution de son état mental, du moins de ce qu’en diront les « experts » qui seront appelés à se pencher sur la dangerosité de cet intéressant sujet. Peut-il se réinsérer (si tant est qu’il l’ait jamais été, « inséré »…) ? Ne doit-on pas lui donner une deuxième chance ? Avec un bracelet électronique, ne pourrait-on pas tenter un régime de semi-liberté ? Autant de questions qui ne manqueront pas de se poser dans le secret de la chancellerie à l’approche de la date fatidique, et bien malin qui peut savoir les réponses qui y seront apportées car nul ne sait, par exemple, qui sera ministre de la Justice en 2028. Et comme Michèle Alliot-Marie vient de faire pire, en moins de trois semaines place Vendôme, que Rachida Dati en deux ans, on ne parierait pas sur une amélioration rapide du personnel politique…
Certes, il y a la loi sur la rétention de sûreté, qui permet que les plus dangereux des criminels soient « pris en charge » à l’issue de leur peine, par exemple en étant transférés dans un établissement de soins. Mais rappelons que ce fou furieux n’a pas été fou au sens clinique, sinon il n’aurait pas été jugé. Et on n’a toujours pas compris ce que la loi Dati sur la rétention de sûreté apportait comme solution durable et définitive face aux « fauves » – à part, comme d’habitude, d’inextricables problèmes juridiques et des complications inutiles pour la toute-puissante Commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté.
D’ailleurs, cette loi n’est pas achevée. Adoptée à grands renforts de publicité comme la concrétisation d’une promesse de campagne du candidat Sarkozy, et dénoncée tout aussi bruyamment par la gauche, son application effective est suspendue à l’énoncé de son article 16 : « Les conditions d’application de la présente loi font l’objet d’un rapport du gouvernement au Parlement, remis au plus tard le 1er septembre 2009. » Ce qui veut dire, en termes clairs, que les dispositions qui ont été prises peuvent encore être modifiées si l’on s’aperçoit, sur un premier (et court) bilan, qu’elles ne sont pas satisfaisantes pour la société ou pour la justice, ou sont matériellement inapplicables.
Eût-il vraiment été trop « réac » de décider que tout condamné à la prison à vie devait y rester jusqu’à la fin de ses jours, c’est-à-dire ne sortir de taule qu’entre quatre planches ? Ou, plus simple et moins coûteux, que tout individu reconnu coupable – sans aucun doute possible, ce qui est le cas – d’assassinat avec actes de barbarie devait être exécuté ?
L’Union européenne nous aurait-il paraît-il vivement sermonné et mis à l’amende s’il nous avait pris l’idée d’instaurer une perpétuité réelle ou de rétablir la peine de mort. Gageons qu’après un lâcher de Fofana dans l’enceinte de la Commission européenne ou du Parlement de Strasbourg, les esprits auraient vite évolué…
C. P.
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