En Chine, des émeutes violentes opposent les musulmans ouïgours aux chinois de souche

Xinjiang - Chine09/07/09 – 13h00
PÉKIN (NOVOPress) – Présentées comme « chinois de souche » par les médias, Les Han forment l’ethnie majoritaire en Chine. Les ouïgours, turcophones musulmans de la branche sunnite sont apparentés au peuple Ouzbek et occupent l’importante province du Xinjiang, à l’extrémité ouest de l’Empire du Milieu.

Le Xinjiang (anciennement Turkestan oriental) est une province chinoise depuis la conquête de 1884, financée par les banques britanniques de peur que les Russes ne s’emparent de cette région. Sujette à de nombreux soulèvements, les événements contemporains les plus marquants remontent à 1990 et au soulèvement d’Akto où plus de 1 000 habitants descendent dans la rue pour protester contre le refus des autorités chinoises d’autoriser la construction d’une mosquée : virant à l’émeute, le soulèvement sera vite réprimé par la police chinoise qui fera 60 morts. Depuis, Pékin ne cesse de veiller au maintien de l’ordre et au respect de son autorité dans cette province gangrénée par la criminalité, la délinquance et le risque de séparatisme ethno-religieux.

Le 25 juin dernier, une confrontation violente éclate entre les Ouïgours et les Han dans une usine de jouets suite à l’accusation portée par ces derniers contre deux musulmans Ouïgours qui auraient été coupables d’une tentative de viol sur une jeune Han. Deux Ouïgours, présentés par L’Express comme auteurs de l’agression sexuelle, meurent dans la bagarre. Les conséquences ne se font guère attendre et, depuis dimanche 5 juillet, les Ouïgours descendent dans la rue pour, selon les médias chinois, piller les commerces et agresser les Hans (dans un esprit de vendetta). Depuis, les émeutes continuent et Pékin craint que ces violences soient alimentées par des lobbies séparatistes musulmans de l’étranger qui souhaitent l’insurrection.

Les Ouïgours ont récemment pu voir le premier ministre turc Erdogan leur accorder son soutien en qualifiant « d’atrocités » la répression chinoise. « Nous entretenons des rapports fraternels avec le peuple ouïghour et nous nous intéressons de près à son sort », a-t-il ajouté aux journalistes. La presse turque dénonce un « massacre chinois » et les organisations nationalistes turques sont très actives dans la défense de la communauté musulmane Ouïgour. Pour autant, la Turquie continue de reconnaitre la souveraineté chinoise dans la province du Xinjiang.

Les Etats-Unis, alliés de la Turquie et préoccupés par l’ascension de la Chine sur la scène mondiale, ont offert, en 2005, l’exil sur leur territoire à Rebiya Kadeer, chef de file des rebelles ouïgours. Celle-ci dénonce depuis des années le transfert de la main d’œuvre ouïgoure vers les usines de Chine côtière et impute à cette politique de migration forcée les tensions communautaires entre Hans et Ouïgours : « Les Ouïgours doivent pouvoir rentrer chez eux et y trouver du travail. Les Chinois pourront récupérer leurs emplois en Chine côtière » affirme t-elle dans Le Monde. Ecartant d’un revers de main l’accusation de viol (à caractère raciste ?) portée contre ses compatriotes, elle déclare que l’origine des émeutes se trouve dans le fait « non seulement le gouvernement chinois, mais n’importe quel Chinois, peut désormais frapper et tuer des Ouïgours en toute impunité » et que « le gouvernement chinois n’a arrêté personne parmi les membres de la foule responsable du tabassage et de la tuerie ». Cette affaire a continué de prendre une ampleur mondiale avec des manifestations violentes aux Pays-Bas (où des musulmans avaient protesté tout aussi violemment il y a quelques années contre les caricatures de Mahomet) et en Allemagne (qui compte des millions d’immigrés turcs solidaires des ouïgours et non intégrés à la culture germanique) ou les ambassades de Chine ont été prises d’assaut, on déplore principalement des bris de vitres selon L’Express. Une fois encore donc, l’Europe est touchée par l’importation de conflits étrangers sur son sol.

Que l’on soit plutôt partisan des Hans ou des Ouïgours, un sentiment est commun aux deux protagonistes du conflit : le refus du « vivre-ensemble » qui n’a pas convaincu les Chinois. Rebiya Kadeer, dans un rejet de toute superstition multiculturaliste, plaide pour une séparation des deux communautés et déclare que « les Ouïgours et les Chinois ne font pas bon ménage ». Une leçon que d’autres pays, en Europe et ailleurs, feraient bien de méditer.


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