Avant-première – Minute n°2416 du 1er juillet 2009

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Avant-première – Minute n°2416 du 1er juillet 2009

Face à Steeve Briois et à Marine Le Pen
Un simulacre poussif d’avril 2002

Avec 39,34 % au premier tour de l’élection municipale d’Hénin-Beaumont, les autres listes étant très loin derrière, Steeve Briois et Marine Le Pen peuvent emporter la mairie. L’heure est donc à la mobilisation générale… de tous ceux qui sont bien infoutus de situer Hénin-Beaumont sur une carte. Et pour cause : y’a que des pauvres. Mais le simulacre de 2002 était un fusil à un coup. Cette fois, c’est une parodie. Grotesque mais aussi honteuse.

Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur, l’a échappé belle. Un mauvais réflexe ou un manque d’à-propos, et elle a été à deux doigts de se faire virer du gouvernement et de perdre en même temps la tête de liste de l’UMP pour les élections régionales de 2010 en Ile-de-France. C’est ça d’aller causer dans le poste, le matin, sans avoir pu prendre le temps de se faire « briefer » par le château sur ce qu’il convient de dire et, surtout, de ne pas dire. Et de croire qu’on peut être de droite dans un gouvernement Sarkozy – euh, pardon, Fillon.

Aux premières heures de ce lundi 29 juin 2009, le microcosme parisien ne s’étant pas encore concerté sur l’attitude (digne, forcément digne) à adopter après les 39,34 % obtenus par la liste conduite par Steeve Briois à la municipale partielle d’Hénin Beaumont (Pas-de-Calais), c’est donc avec cette part de naïveté qu’elle a conservé et qui fait son charme certain que Valérie Pécresse, interrogée sur BFM TV sur ce qu’elle ferait au deuxième tour si elle se trouvait à Hénin-Beaumont, a répondu qu’elle s’abstiendrait. Faute.

Ce que Chirac a dit, Pécresse doit le répéter !

Rebelote et re-faute peu après sur RMC, où, réinterrogée sur le nouvel épicentre de la vie politique française qu’est cette commune du Nord-Pas-de-Calais (un effet des Ch’tis sans doute…), elle a répondu : « Je serais à Hénin-Beaumont, je serais totalement dégoûtée. Comment voulez-vous choisir entre une gauche qui a été condamnée pour détournement de fonds et le Front national ? Je n’irais pas voter… » Comme quoi, soit dit en passant, on peut être ministre de l’Enseignement supérieur et : 1. ne pas maîtriser la règle de concordance des temps (si elle aurait été une vraie blonde, elle aurait dit encore plus d’âneries ?) ; 2. être assez peu au fait de l’actualité politico-judiciaire puisque la gauche héninoise et beaumontaise n’a pas été condamnée, même si l’ampleur des découvertes faites par la justice et l’incarcération de l’ancien maire, le socialiste Gérard Dalongeville, laissent penser qu’on n’est pas sur la voie d’une erreur judiciaire (heureusement qu’elle a fait des études de droit constitutionnel, pas de droit pénal…) ; 3. manquer totalement d’intuition politique.

Car bien sûr, aussitôt les propos de Valérie Pécresse connus en haut lieu et les esprits étant enfin sortis de la léthargie du lundi matin, le téléphone de Madame le ministre a sonné. Et pas qu’une fois. Au bout du fil, l’Elysée, puis la direction de l’UMP. Ou l’inverse, on n’a pas réussi à savoir qui avait tiré le premier. Des appels gentils mais fermes. Genre recadrage. Style : tu te dégottes vite fait bien fait un nouveau passage médias et tu dis ce qu’il faut dire. Le plus simple étant de contacter l’Agence France Presse, dont l’une des missions, et pas la moindre, consiste à diffuser les communiqués qui doivent être portés à la connaissance du plus grand nombre pour le bien commun, Valérie Pécresse a donc fait savoir, en une parfaite langue de bois, que, « sans ambiguïté » (d’habitude, les communiqués officiels disent « sans aucune ambiguïté », mais c’est bien quand même), elle appelait à faire barrage à la liste du Front national car, et là c’est géant, « en tant que femme politique, mon engagement a toujours été de lutter contre le Front national. Tout sauf le Front national ».

C’est géant, grandiose, magnifique, les qualificatifs nous manquent, car, jusqu’alors, on n’avait jamais vu Valérie Pécresse manifester un empressement particulier à lutter contre la « bête immonde », l’« hydre fasciste » et autres sornettes qui tiennent lieu de dernier ciment faussement idéologique à une gauche française dépourvue de tout autre corpus politique, et qui a fait les belles heures de la droite chiraquienne, preuve que la « rupture » n’est pas aussi franche que d’aucun, à l’Elysée, le prétend… C’est grandiose car cela fait immanquablement penser au discours historique de Jacques Chirac entre les deux tours de la présidentielle de 2002, discours au cours duquel, se découvrant une âme guévariste, il avait lancé, à propos de la lutte contre « le racisme, la xénophobie », etc. : « Ce combat est le combat de toute ma vie. C’est un combat au nom de la morale et d’une certaine idée de la France. » Le pire, c’est que personne ne s’était marré.

Avril 2002 : allô l’Elysée ? Ici c’est le Paquebot…

Une anecdote à ce sujet. Garantie 100 % authentique même si elle paraît irréelle quand on se replace dans le contexte de l’époque. Durant cet entre-deux-tours de 2002, au Paquebot, le siège d’alors du Front national, à Saint-Cloud, c’est morne plaine. En haut de la colline, Le Pen mène seul, déconnecté de sa cellule de communication (dans laquelle figure alors Marine Le Pen), sa campagne du deuxième tour ou ce qui en tient lieu dans le climat notoirement peu propice au débat démocratique. En bas de la colline, au sein de ladite cellule, on s’ennuie. Les idées qui germent ne servent à rien : pas moyen de transmettre à Le Pen.

Dans cette cellule où l’on ne fait rien d’autre que de la présence et du commentaire, parfois de la prospective modèle pari hippique (« On peut sortir à 30 %… », « Non, je ne crois pas qu’il dépassera les 25… », etc.), en ce jour d’avril 2002, un « conseiller » qui ne conseille plus personne prend son téléphone et appelle… l’Elysée ! Sur une ligne directe quand même, il faut toujours se méfier des standardistes. Au bout du fil, un copain. Qui, lui, a pour mission de conseiller Jacques Chirac !

Dialogue reconstitué mais […]

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