Le financement des retraites n’est désormais plus « une question taboue » affirmait le 15 juin le Premier ministre François Fillon. “Il n’y a pas d’autre solution pour sauver nos régimes de retraite que de travailler plus longtemps, alors même que la vie s’allonge » a-t-il prévenu. Une semaine plus tard dans son discours devant le parlement, le Président de la République annonçait à son tour que “à la mi-2010 (…) le gouvernement prendra ses responsabilités”, sans doute à l’occasion de la remise du rapport du Conseil d’orientation des retraites, après avoir examiné “toutes les options” avec les partenaires sociaux, y compris naturellement le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite.
La commission des comptes de la Sécurité sociale estime que le déficit de la branche vieillesse atteindra 7,7 milliards d’euros cette année. Le déficit global de la “Sécu” devrait doubler par rapport à l’an dernier, à 20 milliards d’euros, et pourrait atteindre 30 milliards en 2010, sous le double effet de la crise et du vieillissement de la population.
A la veille du discours du Président devant le Parlement, le ministre du Budget Eric Woerth annonçait que le déficit public (Etat, Sécurité sociale et collectivités locales) atteindrait « entre 7 et 7,5% du PIB ». Soit un trou historique de « 140 milliards d’euros ». Un déficit public qui « sera probablement le même en 2010 », a déjà averti M. Woerth.
Selon un récent sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France, les Français se disent « inquiets » (75%) voire « très inquiets » (30%) pour leur retraite. 38% sont pour allonger la durée de cotisation, 36% pour reculer l’âge légal de la retraite, 26% pour augmenter les cotisations et 9% seulement pour diminuer les pensions.
Le chef de l’Etat a exclu une hausse des impôts, une mesure jugée électoralement trop risquée dans la perspective des présidentielles de 2012. Le « grand nettoyage » des dépenses de fonctionnement de l’Etat, avec entre autres les réformes de structure par “désempilement” des strates administratives, ainsi que le « dégraissage » de la fonction publique, annoncés lundi par M. Sarkozy – si tant est qu’ils ne se bornent pas à un simple effet d’annonce – ne devraient avoir qu’une incidence marginale, compte tenu de l’ampleur des déficits.
Quant à un « grand emprunt d’Etat » évoqué par le Président, il ne ferait que grever davantage la dette publique. Rappelons que le remboursement des intérêts de la dette (hors remboursement du capital) est le deuxième poste budgétaire de la Nation (derrière l’Education nationale et devant la Défense), et qu’il absorbe déjà la totalité de l’impôt sur le revenu des particuliers.
« Comment se fait-il que le malaise des jeunes soit si persistant ? Comment se fait-il que le malaise des classes moyennes soit si grand ? » a feint de se demander lundi le Président de la République. La réponse semble évidente : les Français sont de plus en plus nombreux à s’apercevoir que le « modèle français » - que la classe politique dominante, toutes nuances confondues, leur vend depuis trente ans – les mène droit dans le mur.
Une politique volontariste de relance de la natalité engagée à la fin des Trente Glorieuses aurait permis de changer radicalement la donne actuelle en matière de retraites, comme la politique familiale initiée en 1940-41 par un gouvernement par ailleurs honni avait produit et accompagné ces mêmes Trente Glorieuses. De même qu’une reprise de la natalité française maintenant, améliorerait la situation des retraites à partir de 2030, moment où la situation sera sans cela particulièrement mauvaise : les bébés sont l’avenir des futurs retraités ! En lieu et place de quoi, la politique du tout-immigration – une immigration extra-européenne de peuplement censée remplacer les enfants que les Français étaient et sont dissuadés de faire – plombe maintenant notre pays à raison de 26 milliards d’euros par an – au bas mot -, sans compter naturellement la casse identitaire et culturelle, beaucoup plus préoccupante encore.
« Et comment se fait-il que nous ne soyons pas arrivés depuis 20 ans à mieux nous préparer au vieillissement de la population qui n’est quand même pas une nouvelle que nous avons apprise il y a quelques semaines ? » s’est encore interrogé le Président de la République devant les parlementaires. C’est sans doute la condamnation la plus grave, la plus lucide, la plus définitive qu’on ait pu prononcer contre le Système. L’ironie de l’histoire est qu’elle sort de la bouche du premier magistrat de France, lui-même pur produit de ce Système.
Henri Dubost pour Novopress France
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