Retrouver la nation

Par Pierre Pujo

Les tenants du Oui au référendum soutenaient que la France serait isolée en Europe si le Non l?emportait. Mais les Pays-Bas lui ont emboîté le pas quelques jours plus tard.

Image Hosted by ImageShack.usPuis les Anglais ont renoncé au référendum qu?ils se proposaient d?organiser chez eux. Puis le Danemark, puis le Portugal, leurs dirigeants redoutant un désaveu de leurs électeurs s?ils maintenaient les consultations populaires prévues. Le Non français a été révélateur de l?état d?esprit dominant dans les autres pays : les peuples n?attendent plus de “l?Europe” la solution à leurs difficultés économiques ou le maintien de leur protection sociale. En divorce avec leurs gouvernants, ils sont devenus largement eurosceptiques.

Anglais et Français

Il est significatif que lors du sommet de Bruxelles, les 16 et 17 juin, aucun des dirigeants présents n?ait pris la défense de la Constitution, hormis M. Chirac. En fin de compte, celle-ci a été mise au réfrigérateur en attendant des jours plus favorables… Il faut croire qu?elle n?avait pas un caractère vital pour l?Europe !

On a assisté au raidissement des intérêts nationaux, en particulier dans le débat sur la Politique agricole commune qui a opposé M. Blair et M. Chirac. L?affrontement entre Anglais et Français aurait-il été moins vif et le Premier ministre anglais moins arrogant si le Oui l?avait emporté en France ? Cela est peu probable. Les Anglais étaient résolus à demander la réforme de la P.A.C. dont ils jugeaient l?argent mal employé. ils ont pour cela le soutien d?autres pays : même l?Allemagne commence à fléchir sur le maintien du soutien à l?agriculture européenne à son niveau actuel. les avantages que la France retire encore de la P.A.C. ne sont que des survivances destinées à être remises en cause un jour ou l?autre. La P.A.C. est-elle d?ailleurs aussi profitable aux agriculteurs français que naguère ? Les intéressés sont les premiers à la critiquer.

Privée de constitution, l?Union continue à fonctionner selon les principes qui l?ont fondée. L?objectif officiel demeure la poursuite de l?intégration économique et politique. C?est par l?intégration économique qu?on a voulu “construire l?Europe” en pensant que l?intégration politique suivrait nécessairement. C?était la méthode préconisée par Jean Monnet;. Elle a conduit à l?impasse de la Constitution européenne. Le principe du “Politique d?abord” cher à Charles Maurras, s?applique dans ce domaine comme ailleurs. Et il ne suffisait pas d?instaurer une “souveraineté partagée” pour faire l?Europe politique quand les réalités européennes demeuraient nationales. Aujourd?hui il serait temps de fonder l?Europe sur autre chose que l?idéologie qui l’a guidée depuis plus d?un demi-siècle.

Quelle Europe politique ?

Il ne semble pas que nos dirigeants aient pris conscience de cette nécessaire reconversion, en dépit de l?avertissement que leur a donné le référendum. Quand Dominique de Villepin dans un article du Monde (30/6/05) annonce Une nouvelle Europe politique, c?est pour préconiser des moyens détournés de parvenir à l?intégration. Il parle de l?Europe comme de « la première puissance commerciale du monde » et, visionnaire, il entrevoit « l?émergence d?une démocratie européenne » à travers « la création d?un véritable service civil européen » pour les jeunes. C?est là supposer qu?il existe un “peuple européen”, alors qu?une telle notion n?est qu?une vue de l?esprit relevant de l?idéologie. Il condamne les « égoïsmes nationaux » qui sont des réflexes naturels des peuples. Il serait plus avisé de souhaiter la recherche en commun d?une composition entre les légitimes intérêts nationaux. Seules les nations sont des puissances. L?Europe n?en est pas une. Il ne suffit pas d?additionner des chiffres de population et de production pour la faire exister.

Il y aurait pourtant une autre Europe politique à promouvoir qui reposerait sur des coopérations renforcées entre ?tats souverains suivant les intérêts en jeu et les circonstances. Ce ne serait pas le “grand marché” auquel songe Tony Blair. Entre le jeu aveugle des forces économiques et le super-?tat européen auquel conduisait la défunte constitution, il y a une place pour la coopération politique entre les ?tats. On entend dire parfois que la Constitution comportait des dispositions “sociales” et qu?elle aurait freiné le libéralisme auquel Tony Blair va maintenant donner libre cours. Ces dispositions sociales n?étaient qu?une façade ; la Constitution reposait sur le libéralisme et le libre-échangisme. La directive Bolkestein que le nouveau président (pour six mois) de l?Union européenne se propose de ranimer n?avait été que mise en veilleuse par la Commission pour tromper les Français, le temps d?un référendum.

Beaucoup de choses peuvent être réalisées en Europe et entre Européens, et la France peut y contribuer. Encore notre pays doit-il d?abord consolider sa souveraineté. La condition première de toute refondation européenne, c?est que soit exclu tout vote à la majorité qualifiée et restauré le droit de veto. La seconde condition est que les prétentions de la Cour de justice européenne soient rabattues et que le droit national retrouve sa primauté sur le droit communautaire. Rappelons que l?article 6 de la Constitution Giscard énonçait le contraire : c?était admettre que la France n?était plus désormais qu?un ?tat-vassal.

La proposition de loi constitutionnelle du député Jacques Myard (voir notre numéro 2679 du 16/6/05) est donc capitale. Elle dispose que la primauté du droit national sera inscrite dans la constitution française. Le Conseil d??tat et la Cour de Cassation et même le Conseil constitutionnel qui, depuis quinze ans, ont consenti à la démission nationale, devront réviser leur jurisprudence.

Fierté et souveraineté

Ce que nous demandons ici, avec les autres souverainistes, peut paraître impossible à obtenir, tant le personnel politique ? de droite ou de gauche ? est imprégné de l?idéologie européiste et n?imagine pas un autre “modèle” européen que celui dans lequel, et grâce auquel, ils ont prospéré jusqu?à présent.

La tâche la plus urgente n?est pas de “préparer 2007″ comme le font les états-majors politiciens et, dans leur sillage, les grands médias. Elle est de restaurer un esprit national, de renationaliser les élites politiques, sociales, économiques, religieuses, pour qui la France n?est plus qu?un vestige de l?Histoire. Le référendum a marqué un coup d?arrêt à la démission nationale. Nos élites doivent réapprendre à raisonner en fonction de la France, ou bien il faudra les changer. Il est dérisoire d?attendre un regain de fierté nationale de l?attribution des Jeux olympiques de 2012 quand on est disposé à abdiquer la souveraineté de la France face au capitalisme international.

L’Action Française 2000 – 7 juillet 2005

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