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Focus sur les droites françaises
Européennes : les questions/réponses qui fâchent
C’est entendu : l’UMP a gagné les élections européennes, Europe Ecologie aussi, le Parti socialiste et le Modem les ont perdues. Une fois qu’on a dit cela, on n’a rien dit. Car les échéances majeures sont à venir et, quinquennat oblige, elles sont déjà dans tous les esprits. D’abord les régionales de 2010 puis la présidentielle et les législatives de 2012. Et là, rien ne sera pareil.
• Sarkozy est-il donc imbattable ?
La question était posée par notre confrère « Valeurs actuelles » dans son dernier numéro, dans lequel Eric Branca notait que « l’étonnante capacité d’adaptation [de Nicolas Sarkozy] a modelé, de bout en bout, la dynamique de la campagne européenne ». Parler de « dynamique » dans cette campagne si atone est un peu exagéré, mais le fait est que le chef de l’Etat a su s’imprégner, selon sa méthode désormais connue mais que personne ne parvient à contrer, des thématiques chères aux Français pour se les approprier et se poser en quelque sorte comme le garant des promesses faites par l’UMP, cet étrange parti doté d’un secrétaire général, Xavier Bertrand, mais dépourvu de président.
Et ça marche ! Philippe de Villiers, et Marine Le Pen, et Nicolas Dupont-Aignan, et Jean-Luc Mélenchon ont eu beau expliquer qu’il ne pouvait y avoir d’Europe protectrice avec le traité de Lisbonne voulu par Nicolas Sarkozy qui interdit au contraire tout protectionnisme, rien n’y a fait. Une partie des mêmes a eu beau détailler par le menu toutes les avancées faites sous la présidence française ou avec l’aval du président français en faveur de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, la parole de Nicolas Sarkozy a primé sur tous les arguments de ses contradicteurs.
En laissant le Parti socialiste à plus de dix points derrière lui, le parti présidentiel n’a cependant prouvé qu’une chose : il est le premier parti de France. Mais 27,87 % des voix, cela ne permet également qu’une chose : gagner les scrutins à un seul tour. Gagner les élections européennes donc car tous les autres scrutins ont deux tours : les régionales, les cantonales, les législatives et… la présidentielle. Pour le moment…
Car on est passé trop vite sur des déclarations faites le 14 mai dernier au micro de RTL par l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, poisson-pilote de Sarkozy pour les coups fourrés institutionnels. Un Jean-Pierre Raffarin qui avait anticipé sur les résultats du 7 juin et sur la défaite annoncée de la droite au scrutin à deux tours aux régionales de l’an prochain. Il disait ceci : « Je veux poser la question à partir des européennes. La méthode Sarkozy, c’est-à-dire un leadership présidentiel fort, un parti majoritaire unitaire et une stratégie d’ouverture, conduit à ne pas avoir de réserves au deuxième tour. Mais, dans une élection à un tour, nous sommes entre 25 % et 30 % des suffrages, ce qui correspond au score sarkozyste. » Il avait ajouté : « Quand on avait deux partis, le RPR et l’UDF, on avait des réserves de voix au second tour. Maintenant qu’on n’a qu’un parti, on n’a plus de réserves de voix au second tour. On aurait intérêt à un changement de scrutin électoral avec un scrutin à un tour » ! Craignant d’avoir mal (ou trop bien) compris, « Le Figaro », pour une fois pas prévenu du mauvais coup qui se tramait, lui avait demandé de préciser sa pensée. A quels scrutins pensait-il ? Réponse de Raffarin : à « toutes les élections, présidentielle comprise »…
On aura l’occasion de revenir sur ces velléités de coup de force constitutionnel. Ce qu’il signifie aujourd’hui, c’est que Nicolas Sarkozy, en l’état actuel des modes de scrutin, n’est pas imbattable. Et qu’il le sait. En ayant aspiré l’électorat le plus droitier, il s’est privé des réserves de voix nécessaires pour gagner la présidentielle et les législatives. Et en ayant procédé à l’« ouverture » à gauche – ouverture qui devrait encore se renforcer d’ici à la fin du mois lors du remaniement annoncé –, s’il a déstabilisé durablement la gauche, ce n’est pas en son sein qu’il trouvera les voix qui lui permettront de franchir, une deuxième fois, la barre des 50 % des suffrages exprimés.
Emietter la gauche est de bonne stratégie tant que le « Tout sauf Sarkozy », qui n’a pas pris en 2007, n’amène pas l’extrême gauche, la gauche et la droite de la droite à se résigner à voter pour celui ou celle qui peut battre Nicolas Sarkozy. Son socle de 27 à 28 % aujourd’hui, de 30 à 35 % lors d’une présidentielle, il peut le conserver, tant qu’il n’y a pas de candidature crédible (au sens de considérée comme porteuse d’un projet et capable de gouverner) autre à droite. C’est encore le cas. Mais les 15 à 20 % qui lui manquent, dans une France qui, on ne l’a pas assez souligné dans les commentaires post-électoraux, était le 7 juin majoritairement à gauche, il ne les a pas…
• Le Front national se redresse-t-il ?
« Le Front national est de retour », a affirmé Marine Le Pen au soir du 7 juin : « Il n’est pas mort, contrairement à ce que disent les élites politico-médiatiques. » Dans la grande région Nord-Ouest, c’est exact. La vice-présidente exécutive du FN a réussi son pari : faire un score à deux chiffres (10,18 %), le meilleur enregistré par le Front national, et contenir la liste dissidente de Carl Lang (1,52 %). Quasiment partout ailleurs en revanche, comme l’indique la moyenne nationale (6,34 %), le FN recule. Il perd près de 3,5 points par rapport au scrutin de référence, les élections européennes de 2004 (9,81 %), soit plus de 35 % de ses voix ! Jean-Marie Le Pen lui-même, dans le Sud-Est, plafonne à 8,49 % contre 12,18 % il y a cinq ans.
Ces deux différentiels, entre les scores de Jean-Marie Le Pen et de Marine Le Pen, et le score national, sont particulièrement instructifs. Traditionnellement, nous expliquait avant le scrutin un excellent connaisseur de la carte électorale au sein du Front national, Le Pen avait une « valeur ajoutée » d’environ deux points par rapport au résultat national du FN. C’est en effet le cas (8,49 contre 6,34). Mais la plus forte valeur ajoutée, c’est Marine Le Pen qui en est aujourd’hui porteuse, et pas seulement, comme le prétendent ses détracteurs, parce qu’elle a choisi une circonscription a priori plus favorable : avec ses 10,18 %, elle recueille presque quatre points de mieux que la moyenne nationale du FN. La conséquence d’un travail de terrain bien réel et de cette popularité qui lui permet d’aller sans encombre à la rencontre des Français.
Dire que « le Front national est de retour » relève toutefois de la méthode Coué. Le FN avait sept députés, il n’en a plus que trois, et son secrétaire général Louis Aliot, par exemple, n’est pas parvenu à se faire élire dans le Sud-Ouest. En Ile-de-France […]
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