Vidovdanski Marche : J-2

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Vidovdanski Marche : J-2

Arnaud Borella, Président de l’association Solidarité Kosovo a accepté de répondre aux questions de Novopress avant son départ pour le Kosovo où il participera à la Vidovdanski Marche du 14 au 28 juin 2009.
Novopress vous fera suivre dès lundi son parcours par le biais d’interviews audio qui seront réalisées quasi quotidiennement.
A noter également dès à présent : le 11 juillet Arnaud Borella sera l’invité d’Hélène Saint-André et Hugues Sérapion dans leur libre journal des lycéens sur Radio Courtoisie afin de faire revivre ce voyage aux auditeurs.

Arnaud Borella qu’est-ce que la Vidovdanski marche ?

Il s’agit d’une marche créée il y a trois ans et qui relie Belgrade à Gazimestan au Kosovo. Cette marche d’environ 400 Km part donc de la capitale serbe pour s’achever sur le monument symbole du sacrifice du prince Lazar décapité en 1389 par l’armée turque. Le prince avait une armée inférieure en nombre et en arme mais son courage au combat a permis de préserver la Serbie centrale du joug turc pendant un demi-siècle. Le prince est aujourd’hui devenu Saint, il symbolise le sacrifice de soi pour la liberté de la patrie. La marche se termine le 28 juin, jour de Vidovdan, la fête nationale serbe qui est le jour de la bataille de Kosovo polje (28 juin 1389). Un grand rassemblement aura lieu avec des personnes venues de tout le Kosovo et de Serbie. Ce pèlerinage tend donc à rappeler aujourd’hui plus que jamais que le Kosovo n’est pas une terre Yankee ni une terre d’Islam, le Kosovo est et restera une terre serbe, une terre européenne !

Une récolte de matériel va être organisée tout au long du parcours. Concrètement, comment cela va-t-il se dérouler ?

Nous serons une cinquantaine à marcher une trentaine de kilomètres par jour. Un camion nous suivra et récupèrera du matériel dans plusieurs villes traversées. Le tout sera ensuite déposé dans des monastères au Kosovo afin d’être redistribué aux enclaves serbes dans le besoin.

Dans les photos de la marche de l’année dernière nous voyons des drapeaux serbes flotter. Ne sera-t-il pas risqué pour vous de traverser le Kosovo occupé ainsi ?

Si. Pour des raisons de sécurité nous irons à pied jusqu’à Kosovska Mitrovica (au nord du Kosovo). Nous ne traverserons ainsi que peu de zones à risque où nous pourrions être pris à partie par des extrémistes albanais. Des bus et une escorte militaire de la KFOR nous accompagneront ensuite jusqu’à Gazimestan, à proximité de Pristina. C’est la partie la plus dangereuse car nous serons en partie albanaise. Les caillassages et attaques de voitures serbes sont toujours très fréquentes dans la région, et rien ne permet d’empêcher l’acte isolé d’un Albanais voulant « tuer du serbe », comme ce fut le cas par exemple cet hiver lorsque le jeune Nikola Bozovic âgé de 16 ans avait été poignardé… Il faudra également éviter les débordements au niveau de Gazimestan car les provocations albanaises seront nombreuses. Ils se sentent au Kosovo chez eux, ils veulent en chasser les Serbes ainsi que tout ce qui s’y rattache : culture, églises, monuments. Le rassemblement du 28 juin représente donc à leurs yeux un véritable affront.

Venons en donc à la situation au Kosovo. Y a-t’il des changements perceptibles au Kosovo depuis la déclaration unilatérale d’indépendance du 17 février 2008?

Oui. Ces changements sont plus que perceptibles. La « république Kosova », bien qu’illégale au regard du droit international agit comme si elle était souveraine et légitime. Alors que la résolution 1244 de l’ONU interdit les milices, le gouvernement albano Kosovar est en train de créer une armée du Kosovo, entrainée par les soldats de l’OTAN, équipée essentiellement par les Etats-Unis et l’Allemagne. Cette armée ne sera en réalité qu’une reconstruction du groupe terroriste UCK dont Ashim Taçi, actuel premier ministre du Kosovo, est un ancien dirigeant. Aux vues des précédentes exactions contre les populations serbes du Kosovo, on peut légitimement douter de la volonté de cette UCK nouvelle mouture de vouloir défendre tous les citoyens du Kosovo sans distinction…

Depuis la proclamation d’indépendance du Kosovo les effectifs des différentes missions internationales fondent et cette diminution est encore accentuée avec la crise économique. En conséquence, les autorités du Kosovo prennent de plus en plus de pouvoir et certains domaines qui ne dépendaient pas de leur ressort se trouvent maintenant dans leur champ de compétence. Ainsi, les Officiels de Serbie doivent désormais demander une autorisation à la république du Kosovo pour pouvoir entrer au Kosovo, alors qu’auparavant cette autorisation était délivrée par la MINUK. Les ministres de Serbie doivent donc quémander à un gouvernement étranger l’autorisation d’entrer dans une région qui appartient encore, moralement et juridiquement, à la Serbie !

Autre fait, beaucoup plus marquant et dramatique, plusieurs villages serbes du Kosovo ont été privés d’électricité pendant plusieurs mois cet hiver. La MINUK a été impuissante pour régler ce problème et les représentants des communes serbes touchées doivent traiter directement avec le pouvoir albanais. La raison invoquée pour justifier ces coupures (sans préavis) est que ces villages ne payaient pas leur facture d’électricité depuis 1999. Il faut savoir cependant que 70% des habitants du Kosovo ne paient plus leurs factures d’électricité depuis les bombardements de 1999. Pourtant, seuls les villages peuplés de Serbes font l’objet de ces coupures…

Un autre changement important, que nous avons subi durant notre mission humanitaire de décembre 2009, est la mise en place d’une sorte de douane entre la partie nord de Kosovska Mitrovica (serbe) et la partie sud (albanaise). Il nous a fallu demander à Pristina une autorisation de traverser le pont afin de nous rendre dans la partie sud du Kosovo. Cette autorisation n’est jamais arrivée et nous avons du passer outre, avec l’aide d’un policier serbe qui nous a guidé sur une route détournée. Difficile dans ces conditions de faire parvenir de l’aide aux habitants du Kosovo lorsqu’ils sont serbes…

Ce ne sont que des exemples parmi une liste importante de changements (il faut noter aussi la mise en place de droits de douane entre la Serbie et le Kosovo alors que ces droits sont supprimés entre l’Albanie et le Kosovo ; rappelons encore que les plaques d’immatriculations serbes seront désormais considérées comme des plaques de voitures étrangères soumises à une réglementation particulière, etc.).

Toutes ces évolutions portent atteintes au droit international et menace la sécurité des Serbes du Kosovo qui vivent désormais dans de véritables ghettos plus isolés et insalubres de jour en jour.

Cette déclaration a-t’elle été préjudiciable aux relations entre les peuples serbes et kosovars ?

Je voudrais tout d’abord revenir sur cette notion de peuple kosovar. Ce terme a été inventé de toute pièce par les médias occidentaux pour légitimer la présence de la population albanaise au Kosovo. C’est un argument sémantique efficace qui laisse penser que les habitants du Kosovo sont les Kosovars tandis que les Serbes n’en sont que les envahisseurs. Ironie de l’histoire, ou retournement de l’histoire devrais-je dire, les Serbes sont les habitants du Kosovo depuis le 6 siècle AP JC tandis que les populations albanaises que nous connaissons actuellement ne sont venues s’y installer qu’à partir du 17ème siècle sous l’influence ottomane. Il est d’ailleurs étonnant que cette invention du mot « Kosovar » fasse mouche en occident puisque qu’il tend à légitimer l’indépendance du Kosovo selon le bon vieux slogan : « Le Kosovo aux Kosovars ». Qui eut cru que ce que l’on présente comme diabolique en Europe occidentale soit pris pour règle normale et intangible dans les Balkans ?

Au Kosovo, ni les Albanais, ni les Serbes n’utilisent le terme de « Kosovar ». Il y a les Serbes d’un côté, les Albanais de l’autre ; il y a le drapeau serbe et le drapeau albanais. Les Kosovars n’existent pas et le drapeau du Kosovo nouvellement créé ne sert qu’à masquer la réalité d’un accaparement du Kosovo par les Albanais. En traversant la partie albanaise, c’est l’aigle bicéphale noir sur fond rouge, symbole de l’Albanie, que l’on voit flotter à toutes les fenêtres, pas le drapeau du « Kosovo ».

Cette proclamation d’indépendance n’a fait qu’entériner la situation qui prévalait depuis 1998, à savoir une séparation des populations serbes et albanaises. Les attaques contre les Serbes continuent et même si dans certaines enclaves des relations existent (à travers les petits commerçants notamment) il n’y a globalement aucune entente entre les deux populations. Les jeunes générations ne se comprennent plus car elles ne parlent désormais plus la même langue, ce qui laisse présager un avenir encore plus sombre. La population minoritaire (serbe) est évidemment celle qui en souffre le plus puisqu’elle n’a pas accès aux services délivrés par la population majoritaire (albanaise) : hôpitaux, transports en commun, emplois…

Je me rends sur place depuis 2005 et j’ai senti clairement la situation évoluer depuis une année. A Kosovska Mitrovica notamment, on a pu voir la tension monter depuis que les Albanais tentent, avec l’appui des organisations internationales, de faire entrer le nord du Kosovo (à majorité serbe) sous souveraineté albanaise. Le pouvoir albano-kosovar ne souhaite pas laisser le nord du Kosovo devenir « indépendant ». Voilà qui est d’ailleurs bien surprenant puisque c’est ce même pouvoir albano-kosovar qui a proclamé son indépendance de la Serbie voilà un an au motif que les Albanais étaient majoritaires sur une partie donnée du territoire serbe : le Kosovo… Au nom de quel principe les Serbes du nord Kosovo ne pourraient-ils pas en faire autant puisqu’ils sont majoritaires sur une zone donnée du Kosovo : le Nord ? Il y a bien déni de réciprocité, déni cynique qui laisse mal augurer de l’avenir des enclaves serbes du sud Kosovo. Rappelons que ces enclaves sont toujours des zones protégées d’où les habitants ne peuvent sortir sans escorte militaire. Un rapport de l’ONU s’inquiète à juste titre de l’absence de liberté de circulation des Serbes y résidant.

Quels sont les raisons qui motivent la Serbie à vouloir conserver le territoire du Kosovo ?

Il suffit de lire un historique du Kosovo pour se rendre compte de l’importance historique, morale et spirituelle qu’a le Kosovo pour tous les Serbes. La Serbie prend naissance au Kosovo, il en est le cœur et l’âme. Le Kosovo ne peut être comparé à la Croatie, à la Slovénie ou à d’autres républiques de la fédération yougoslave. Le Kosovo est une région de la Serbie, en aucun cas une République. Le Kosovo est un peu à la Serbie ce que l’Ile de France est à la France : une région de mémoire où s’enracinent une nation, une culture, une identité. Quoi de plus normal pour un état que de défendre sa souveraineté lorsqu’elle est violée ? Quoi de plus normal pour un peuple que de défendre sa culture et son identité ?

Quelles sont les raisons qui motivent des acteurs internationaux comme la Russie ou l’Espagne à ne pas reconnaître l’indépendance kosovare ?

Les raisons russes et espagnoles sont très différentes. L’Espagne ne souhaite pas reconnaître l’indépendance du Kosovo pour des raisons de politique intérieure. Ce pays fait face lui aussi à des formes de séparatisme, qui même si elles sont différentes de celles du Kosovo, n’en restent pas moins problématiques pour le pouvoir espagnol. L’Espagne refuse donc la reconnaissance du Kosovo pour ne pas créer un précédent qui pourrait lui nuire. Comment accepter en effet que la Serbie soit amputée du Kosovo, alors qu’au même moment on réprimande les véhémences séparatistes catalanes ou basques ?

La Russie quant à elle a une vision beaucoup plus globale des choses. L’attaque de la Serbie et « l’indépendance » du Kosovo (qui est en réalité sous giron américain) est vécue par Moscou comme une atteinte à sa zone d’influence traditionnelle dans la suite logique d’une stratégie d’endiguement de la Russie par les Etats Unis (dont le récent conflit géorgien fait ressortir aujourd’hui encore son caractère brutal et total). Il apparait clairement désormais que l’agression de l’OTAN en 1999 ne servait que les intérêts géostratégiques américains et n’était en réalité qu’une guerre de conquête des corridors énergétiques provenant de la mer Noire pour le plus grand bénéfice des Etats Unis. Une des plus grosses base américaine en dehors du sol américain se situe d’ailleurs à Bondsteel, au Kosovo…

La Russie soutient également Belgrade par solidarité Slavo-orthodoxe : le Kosovo et la Métochie constituent le cœur historique de l’Eglise orthodoxe serbe et concentrent le plus grand nombre d’édifices religieux chrétiens en Europe. La destruction d’églises et de monastères par les extrémistes albanais, sous le regard souvent passif des forces internationales, renforcent encore la solidarité des Russes pour la Serbie.

Finalement, que pensez-vous qu’il se produira : le Kosovo indépendant sera-t-il reconnu même s’il n’a pas fait l’unanimité de la « communauté internationale » ?

Je ne pense pas que le Kosovo sera reconnu par les instances légitimes qui régentent les relations internationales (ONU notamment). L’indépendance du Kosovo est une violation flagrante de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nation Unies, une violation de la charte de l’ONU sur la souveraineté des nations et une violation des accords d’Helsinki de 1975. De plus la Russie, farouche défenseur de la Serbie, possède un droit de Véto au Conseil de sécurité de l’ONU empêchant tout passage en force de la part des Etats Unis sur la question du Kosovo.

Le Kosovo n’est reconnu que par les grands pays de l’OTAN et par des micros états qui ont bien souvent été achetés pour cela (la reconnaissance du Kosovo par les Maldives a par exemple été payée 2 millions de dollars par un homme d’affaire albano-kosovar : Behxhet Pacolli). Les dirigeants politiques albanais du Kosovo pensaient être reconnus par plus de 120 états dans le mois suivant la proclamation d’indépendance. Aujourd’hui, plus d’un an après, une soixantaine d’états seulement a reconnu le Kosovo. En plus d’être un fiasco économique, ce nouvel « Etat » est un fiasco diplomatique. Le Kosovo d’aujourd’hui n’est indépendant de rien si ce n’est de lui-même et dépendant des autres. Micro état illégitime qui vit sous perfusion des états unis et de certains pays de l’Union Européenne, le Kosovo albanais est une plaie en plein cœur de l’Europe et seule la Serbie pourra la soigner.

Propos recueillis par Emilie Cassel pour Novopress.

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