
Par Pierre Pujo
Acceptez-vous d’être reclassés dans une société roumaine pour 110 euros bruts par mois ? Telle est la proposition d’une entreprise des Vosges fabriquant des composants électroniques aux membres de son personnel à qui elle annonce leur licenciement.
Voulez-vous aller travailler à l’île Maurice pour fabriquer des pinceaux, comme le propose une P.M.E. de Rennes au bord du dépôt de bilan, pour 117 euros bruts par mois ?
Ces deux exemples témoignent de la concurrence sauvage qui conduit les entreprises françaises à licencier leur personnel en lui faisant des propositions dérisoires de reclassement. En même temps elles délocalisent leur production en ne conservant en France qu’un bureau d’études ou un bureau de vente. Ainsi s’effrite peu à peu le tissu industriel français. Telles sont les conséquences du libre-échangisme qui guide la Commission de Bruxelles.
On nous objectera que la mondialisation fait sauter les barrières douanières et développe les échanges. Faudrait-il donc se résigner à l’anarchie dans les relations économiques ? Le fait est que l’Union européenne n’assure les travailleurs français d’aucune protection contre le dumping social soit à l’intérieur de l’Europe soit face aux productions extérieures.
Méfaits du libre-échangisme
L’affaire des importations de textiles chinois vient encore illustrer cette défaillance. Face au désastre économique que les importations de Chine à des prix de dumping menacent de provoquer en Europe, la Commission de Bruxelles traîne les pieds pour faire jouer les clauses de sauvegarde, dont elle annonce l’application éventuelle dans cinq mois. D’ici là combien d’entreprises européennes auront fermé leurs portes ? Les Chinois rétorquent que s’ils exportent en Europe des textiles à bon marché, ils nous achètent en contrepartie des Airbus… Devrons-nous renoncer à toute industrie textile alors que, manifestement, les termes de l’échange avec la Chine sont faussés ?
On nous assure que du jour où l’Union européenne serait dotée d’une constitution, elle deviendrait une “puissance” et pourrait ainsi tenir tête aux mastodontes de demain, les ?tats-Unis, la Russie, la Chine, le Brésil. Chimère que cela ! On ne crée pas une puissance en additionnant des chiffres de populations ou des chiffres de productions et en élaborant une construction juridique. Seules les nations possèdent les éléments de la puissance, quitte à s’associer entre elles pour la réalisation de certains projets comme la France l’a fait pour les avions Airbus et les fusées Ariane, qui ne doivent rien à l’Europe de Bruxelles contrairement à ce que M. Chirac laisse entendre dans ses discours ces jours-ci.
Quoi qu’en disent les tenants du Oui, les emplois des Français et leur protection sociale sont menacés par la Constitution. D’abord par ce que celle-ci érige le libéralisme en doctrine avec quelques concessions au “social” qui n’engagent guère. Ensuite parce qu’elle étend le domaine de majorité qualifiée qui rendra la France minoritaire au sein du Conseil européen, sans qu’elle puisse opposer un droit de veto.
Le Québec de l’Europe
La Constitution conduirait la France à ne plus être que le Québec de l’Europe, c’est-à-dire un ?tat subordonné à un autre ?tat. Les tenants du Oui laissent croire que la Constitution ne fait que remettre en ordre les textes des traités antérieurs. En fait, elle opère un saut qualitatif et crée une situation irréversible. Le super-?tat européen aura ses institutions, et notamment son président, son drapeau, son hymne, sa devise. Il aura la personnalité juridique et pourra revendiquer un siège au Conseil de sécurité des Nations-Unis. Les textes qu’il édictera ne seront plus des directives mais des lois. Malgré tous ces attributs ce super-?tat européen ne sera pas une puissance, mais il aura assez de poids pour entraver l’action que les ?tats voudraient entreprendre en dehors de lui pour la sauvegarde de leurs intérêts…
Les Français vont-ils s’apercevoir qu’on les invite à renoncer à la France ? Vont-ils résister jusqu’au bout à la formidable débauche de propagande dont le pouvoir et ses amis socialistes commencent à les submerger ?
L’historien Max Gallo observait le 2 mai sur Radio-Luxembourg que le Non s’est imposé dans les sondages à l’encontre des consignes venues des élites politiques, sociales, morales, religieuses. Le Non, parti des profondeurs du peuple français, est un désaveu de tous ceux qui prétendent le représenter. Les « invisibles » s’insurgent contre les « visibles ».
Nous avons déjà fait dans ces colonnes une telle analyse que chaque jour confirme. Il est bon que Max Gallo la développe.
Le Non n’est ni de gauche ni de droite. Il est celui de tous les Français qui ont perdu confiance dans leurs dirigeants et qui ont le sentiment qu’on les trompe. C’est un Non instinctif qu’aucun parti ne peut revendiquer car désormais il n’y a plus qu’un seul clivage politique : celui qui sépare les Oui et les Non. La plupart des partis sont traversés par ce clivage.
Ultimes réserves
Dans le camp du Oui, MM. Chirac et Hollande, plus solidaires que jamais, font donner leurs ultimes réserves dans la bataille du référendum. Le premier pousse Simone Veil, le second Lionel Jospin. De gauche ou de droite les politiciens qui ont dirigé les affaires du pays depuis vingt ans et l’ont engagé dans la voie des abandons européens, défendent aujourd’hui leurs fromages. Leur mobilisation montre à quel point les intérêts en jeu sont considérables (pour eux-mêmes !). Si le Non devait l’emporter, ce serait non seulement l’effondrement de leur engagement idéologique, mais l’ébranlement du système politique franco-européen dont ils vivent. Pour la France, en revanche, ce ne serait pas une catastrophe. Au contraire, il serait possible d’envisager les relations inter-européennes sur des bases plus saines et plus réalistes. Votez NON !
L’Action Française 2000 – 5 mai 2005
Source: L’Action Française