Avant-première – Minute n°2387 du Mercredi 3 décembre 2008 :

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Un modèle de « fiasco judiciaire », l’affaire d’Outreau ? Rien n’est moins sûr. Ou alors si, mais dans sa deuxième phase, celle qui a abouti à ne plus voir dans les accusés, pris dans leur globalité, que des victimes, reléguant au second plan la quête de la vérité. Parmi les victimes des pédophiles, il en est qui estiment qu’une partie de ceux-ci courent toujours. L’un d’eux l’a écrit au juge Burgaud, qui a paraît-il si mal instruit l’affaire.
Il est des enquêtes de longue haleine. Celle dont nous commençons la divulgation cette semaine en est une. Engagée voici plusieurs mois, dans la plus totale discrétion, y compris à l’insu des parties civiles que nous n’avons informées qu’à quelques heures de notre bouclage – et encore pas toutes. Pour pouvoir travailler sereinement, sans influences et sans pressions, qui sont autant de pertes de temps. Pour avoir le temps, justement, de rassembler le maximum d’éléments et de les analyser.
Au fil des mois, nous avons acquis une intime conviction appuyée sur des faits précis et convergents : l’affaire d’Outreau n’est peut-être pas, n’est sans doute pas l’erreur judiciaire que la quasi-unanimité médiatique, exerçant un pouvoir sans précédent sur la justice, a voulu faire croire. Qu’on nous comprenne bien : nous ne disons pas que l’ensemble des acquittés de l’affaire d’Outreau était coupable des faits de pédophilie dont ils étaient accusés. Nous disons que toute la vérité n’a pas été dite et que justice n’a pas été pleinement rendue.
Nous sommes convaincus qu’il est un homme, Fabrice Burgaud, dont l’honneur a été injustement livré aux chiens pour reprendre la formule célèbre de François Mitterrand après la mort de Pierre Bérégovoy – un homme qui lui, heureusement, a survécu à son lynchage – et qu’il est des victimes qui continuent, en novembre 2008, soit trois ans après le procès d’appel, de crier à l’injustice.
Nous disons aussi, et nous y reviendrons largement dans les prochaines semaines, que le dossier de l’accusation, en très grande partie occulté lors du procès en appel devant la cour d’assises de Paris, méritait une étude très attentive par les jurés au lieu d’être évacué des débats après le énième revirement de Myriam Badaoui et les effets de manche des avocats de certains prévenus – sans parler de l’intrusion du pouvoir politique dans le marche de la justice, qui aurait à elle seule justifié un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, et constitue encore l’une des failles juridiques qui peuvent permettre de relancer le dossier.
La victime remercie le juge Burgaud
Est-il utile de le préciser : les pièces que nous versons cette semaine à ce dossier sont authentifiées. Bien que nous en ayons déjà la certitude, nous avons pris soin de le vérifier une dernière fois lundi 1er décembre dans l’après-midi, quelques heures avant que ce numéro parte à l’imprimerie, en contactant le juge Burgaud – ou plutôt l’ex-juge Burgaud, puisque celui-ci est désormais substitut du procureur de la République de Paris, en charge de l’application des peines –, en cachette de qui nous avions jusque-là mené cette contre-enquête.
La première lettre que nous nous sommes procurés émane de Kevin Delay, ou Chérif Delay pour l’état civil. Né le 18 février 1990, et donc désormais majeur, il est le fils aîné de Myriam Badaoui, dont on a oublié un peu vite qu’elle fait partie, avec son mari Thierry Delay, des condamnés d’une affaire qui ne comporte pas que des innocentés. Myriam Badaoui a été condamnée en juillet 2004, par la cour d’assises de Saint-Omer, à quinze années de réclusion criminelle, et son mari à vingt ans.
En avril 2008, Chérif Delay est en prison. Hébergé dans un foyer d’accueil jusqu’à ce qu’il soit majeur, il a été rendu à lui-même deux mois plus tôt. Sans suivi psychologique. Il a refusé la « protection jeunes majeurs » qui lui était proposée. Usé, brisé, dépressif, il a sombré aussitôt dans la délinquance. Avec d’autres jeunes, à Boulogne-sur-Mer dans le Pas-de-Calais, il s’est rendu coupable de vols avec violences. Des vols de téléphones portables, marchandises faciles à revendre pour se faire un peu d’argent. Arrêté, il a été incarcéré à la maison d’arrêt de Lille-Séquedin. D’où il écrit à Fabrice Burgaud, au palais de justice de Paris.
Chérif Delay ne cherche pas, auprès de l’ex-juge Fabrice Burgaud, un réconfort ni de la compassion. Il n’écrit pas pour, à travers l’affaire d’Outreau, trouver un alibi à fournir à sa plongée dans la délinquance. Il lui écrit pour le remercier. Pour le remercier d’avoir fait tout ce qui était en son pouvoir pour faire condamner ceux qui l’ont agressé, violé, avili. Parle-t-il de sa mère et de son père adoptif, qui ont été condamnés pour cela ? Pas une fois. Il parle de ceux qui, en compagnie de ceux-ci, lui ont fait subir des sévices sexuels et ont échappé à toute sentence. De ceux qui, non seulement ont été innocentés, mais ont été indemnisés : « Le pire, c’est qu’ils ont eu une grosse somme d’argent. Je ne savais pas que quand on viole des gens, on a de l’argent. » De qui parle-t-il ? Cette…
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