Récession, crise et mentalité de rentier
(un article de l’UDC, Suisse)
L’initiative « pour un âge de l’AVS flexible » [note de Novopress : l'AVS est le sigle de l'assurance vieillesse en Suisse] surfe sur la vague des bons sentiments et la vision désuète de la malédiction du travail qui rend malade, surtout les pauvres et les travailleurs(euses) non qualifiés, de l’usure et du stress induit par la course au profit et à l’efficacité ultralibérale. Son intitulé est faux, car il s’agit en fait de baisser de manière généralisée l’âge de la retraite en bénéficiant d’une rente entière. La question posée sous la forme correcte serait : êtes-vous d’accord d’abaisser l’âge de la retraite et d’en faire payer le coût réel, plus d’un milliard de francs par année, de manière solidaire, aussi par les assurés ? La flexibilisté est déjà possible, moyennent un sacrifice financier (réduction de 6,8% par année d’anticipation, solidarité oblige !) Cette vision pessimiste et tragique du monde du travail n’est pas totalement erronée mais elle n’est pas généralisable.
D’autant que la question du financement d’une telle offre généreuse est inévitable et butte sur la réalité démographique (98 % des femmes et 85% des hommes, à 62 ans remplissent les conditions d’un revenu annuel inférieur à 119’340 frs si elles cessent toute activité lucrative !) La part d’actifs, malgré les appels du pied et les incitations à une immigration massive de peuplement, venant du monde de l’économie et de la gauche victimaire angélique se rétrécit et avoisine aujourd’hui le rapport 3/1. Cette proportion se rapproche de l’insupportable et sacrifie les générations actives actuelles qui porteront sur leurs épaules le coût de prise en charge des rentiers sans bénéficier avec certitude, un jour, de l’égalité de traitement. La qualité de vie et le niveau de santé des gens aujourd’hui, l’augmentation de l’espérance de vie alourdissent aussi le bilan des rentes qui hypothéquera l’avenir et le présent de la jeune génération. La fixation de l’âge de la retraite à 65 ans correspond à une époque aujourd’hui révolue, est arbitraire.
La tendance en Europe est de la déplacer vers le haut, pour des raisons de solidarité et de faisabilité financière. Le seuil psychologique des 65 ans, l’idéologie du décompte rituel (comme à l’école de recrue et le compte à rebours jusqu’au jour de la libération/licenciement) et la fatigue subjective que l’on ressent à mesure qu’on avance en âge, peuvent et doivent être modifiés en fonction de la réalité et de l’espérance de vie et des difficultés de financement. Beat Kappeler nous signale que certains pays (la Suède en particulier) fixent la rente en fonction d’une formule qui tient compte d’une part de la démographie et d’autre part de l’évolution du produit national. Ce qui est sensé… Si l’initiative passe, il est évident que la déception pourrait être grande chez ceux dont les rentes des 1ers et deuxièmes piliers ne sont pas complétées par une solide épargne et qui peineraient à maintenir un train de vie antérieur.
La récession qui s’annonce, suite à la crise bancaire et financière incite à la retenue, même si certains considèrent que les milliards trouvés en urgence pour perfuser UBS et Crédit Suisse, sans contrôle démocratique et avec des garanties superficielles, pourraient aussi être trouvés pour les travailleurs(euses) précarisés. Dans ce cas, il s’agissait manifestement d’une mesure d’urgence, imposée aussi par l’intervention de l’Etat ailleurs dans le monde. Alors que le coût de l’idéologie de la primauté de la rente sur le travail actif est un choix de société, de qualité de vie, avec des sacrifices financiers imposés aux jeunes actifs, sans forcément garantir de bénéficier de la réciprocité ultérieure.
Enfer du monde du travail, misère médico-psycho-sociale de certains retraités ? En contrepoint de la thèse qui voit le bonheur et le droit à une vie de retraite enfin heureuse, accordée le plus tôt possible, il y a la réalité inverse. Le rôle social, l’estime de soi associé à un emploi laissent apparaître après le retraite le vide, la dépression, les problèmes de santé, l’émergence de cancers et la révélation des maladies cardiovasculaires, les conflits conjugaux liés à un nouvel équilibre, le stress du manque de stimuli ou de la dégringolade du train de vie. Il est sans doute faux de tout miser sur une vie après la retraite…C’est maintenant qu’il faut vivre, travailler, s’impliquer dans la société, permettre à sa famille de vivre, de planifier son avenir professionnel et social, se réaliser dans des activités de loisirs, penser à soi.
Les seniors ont des compétences, un savoir faire, des qualités humaines d’expérience à transmettre, à faire valoir au maximum et le plus longtemps possible. L’initiative pour un âge de l’AVS flexible est trompeuse dans son intitulé, coûteuse dans son application, inappropriée car elle porte atteinte à la solidarité entre les générations, ruineuse sur le plan économique, et à double tranchant dans le vide qu’elle induira chez certains qui seraient privés d’un rôle social et professionnel sans niveau de vie suffisant.
La crise qui s’annone invite à la prudence et à la retenue. Assainir et consolider le système social est préférable aux cadeaux dont les conséquences sont imprévisibles. L’extension démesurée, à contre-courant, des prestations est pénalisante pour les générations actuelles et amène d’autres problèmes insolubles. Les incitations à continuer à s’engager dans le monde du travail, la relativisation du concept de stress, la solidarité, le réalisme, la remise en cause du « toujours plus » sont préférables au dogmatisme idéologique et misérabiliste.
Par Dominique Baettig, conseiller national, Delémont (JU)
Source : UDC