Sida : le jury du Nobel de médecine récompense le Français Luc Montagnier mais ignore l’Américain Robert Gallo
08/10/2008 – 12h00
PARIS (NOVOpress) – Les professeurs Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi viennent d’être récompensés par le jury du prix Nobel de médecine « pour leur découverte du virus de l’immunodéficience humaine », au terme des travaux qu’ils ont menés dès 1983 à l’Institut Pasteur. D’autres noms sont associés à la découverte du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), entre autres ceux des docteurs Willy Rozenbaum, Françoise Brun-Vézinet et Jean-Claude Chermann. Ce dernier fit également carrière dans la politique, sans doute de manière moins convaincante puisqu’il fut en 1992 le suppléant d’un certain Bernard Tapie…
En 1982, les premiers cas de ce qu’on n’appelait pas encore le Sida apparaissent en France. Le docteur Willy Rozenbaum, de l’hôpital Bichat, demande à l’équipe du professeur Luc Montagnier, Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Chermann, de l’Institut Pasteur, qui travaillaient sur les relations entre les rétrovirus et le cancer, de se pencher sur le problème. Les premières recherches se mettent en place au début de l’année 1983. Le virus responsable du Sida est très rapidement identifié – sous le nom Lymphadénopathy Associated Virus (LAV) – par l’équipe française qui publie sa découverte le 20 mai 1983 dans la revue américaine Science. Les Français, qui n’arrivent pas à cultiver la souche de virus, la soumettent pour examen à une équipe américaine dirigée par le professeur Robert Gallo. Les Américains, qui parviendront à en faire la culture, s’attribuent la paternité de la découverte du virus lors d’une conférence de presse le 23 avril 1984.
La rivalité Montagnier-Gallo dura jusqu’au 4 décembre 1987, date à laquelle est conclu un accord pour le partage des royalties du brevet du test de dépistage, aux Etats-Unis. Au terme de cet accord, Luc Montagnier et Robert Gallo sont considérés comme co-découvreurs, à parité, du VIH. Pour ce qui est de l’Europe, le brevet est en revanche entièrement détenu par l’Institut Pasteur. En 1989, un article du quotidien Chicago Tribune accuse le professeur Gallo d’avoir utilisé l’échantillon français sans le dire. Ce qu’il admettra finalement en 1991, indiquant que la contamination de ses souches par le VIH de l’équipe française a été « vraisemblablement accidentelle ». L’attribution du Nobel au Pr. Luc Montagnier et non au Pr. Robert Gallo prend acte de la prééminence des travaux de l’équipe française dans la découverte du Sida.
Le Pr. Montagnier a fait scandale en déclarant en 1992 dans une interview au Monde que le virus du Sida s’éteindrait de lui-même si chaque être humain n’avait pas plus de cinq partenaires (un à la fois, naturellement…) dans toute sa vie sexuelle. Un hymne à la (relative) fidélité qui n’a pas été du goût des tenants du « meilleur des mondes » sexuels…
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