Afghanistan : bombarder « plutôt les champs de pavot que les villages » …
24/09/2008 – 08h00
KABOUL (NOVOpress) – Patrice Franceschi, écrivain, cinéaste et président de la Société des Explorateurs Français était aux côtés des résistants afghans, alors en lutte contre l’occupant soviétique, de 1979 à 1992. C’est donc un spécialiste de ce pays qui s’est exprimé lundi sans langue de bois dans les colonnes d’Aujourd’hui en France / Le Parisien sur la guerre qui s’y déroule actuellement. Et qui confirme les analyses faites par Pierre-Henri Bunel, cet autre spécialiste, au micro de Novopress.
Pour M. Franceschi, la France est en train de « mener la guerre qu’il ne faut pas faire, ce qui va nous mener à l’échec assuré d’ici quelques années avec beaucoup de morts pour rien ». Il faut selon lui que les Afghans règlent « le problème eux-mêmes ». Revenant sur les les tragiques évènements du 20 août dernier, où 10 soldats français avaient perdu la vie, il explique: « Quand on voit que dans l’embuscade de Surobi, les Français sont devant et les soldats de l’armée afghane derrière, c’est que l’on mène la guerre des Américains qui considèrent les Afghans comme de simples supplétifs ».
L’écrivain remet clairement en cause la politique d’alignement de Nicolas Sarkozy sur celle des Etats-Unis : « Si nous continuons à faire la guerre des Américains avec tous ses dommages collatéraux, alors il vaudrait mieux s’en aller car le capital de sympathie que nous avions depuis de nombreuses années auprès des Afghans va rapidement être dilapidé ». Pour lui, imiter la stratégie américaine, c’est à coup sûr se mettre à dos tout un pays comme lors de la guerre contre les Soviétiques dans les années 1980 : « Si le président Sarkozy a du poids, il doit dire aux Américains d’arrêter les bombardements. Car chaque bombardement qui provoque des victimes civiles, c’est mille Afghans de plus qui s’engagent derrière les insurgés. Les Américains font peu à peu basculer les populations contre nous et on va perdre cette guerre ou, plus exactement, on ne va jamais la gagner et on sera peut-être là-bas encore dans dix ans ».
Enfin, Patrice Franceschi met l’accent sur une réalité sous-estimée médiatiquement et militairement : s’attaquer au trafic de drogue. Comme le souligne le site www.geopium.com, l’Afghanistan est le premier producteur mondial d’opium (6 100 tonnes d’opium récoltées en 2006 sur 165 000 hectares de pavot). Or, « quand on dit, comme les Américains, que les forces internationales ne sont pas là pour combattre la drogue, on fait une grave erreur. La vraie guerre de demain, c’est aussi une guerre contre la drogue. Si on ne montre pas aux populations qu’on lutte contre les seigneurs de la guerre, les criminels et les barons de la drogue, ces populations vont basculer du côté des insurgés et ce sera fini. S’il faut bombarder quelque chose, ce sont plutôt les champs de pavot que les villages », explique Patrice Franceschi. L’OTAN est en train de faire exactement l’inverse…
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