Extermination des animistes et des chrétiens du Darfour par les musulmans : « un génocide de grande ampleur »
15/07/2008 –19h00
LA HAYE (NOVOpress) – Au cours d’une conférence de presse organisée lundi au siège de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye (Pays-Bas), le procureur Luis Moreno-Ocampo a dénoncé « le génocide en cours au Darfour », perpétré contre les ethnies four, masalit et zaghawa, animistes et chrétiennes, « planifié » par les milices janjawids du président soudanais Omar Al-Bachir et exécuté « sans chambres à gaz, sans balles, sans machettes » mais par « la famine, les viols et la peur ». Pour le magistrat, les intentions exterminatrices d’Al-Bachir ont pris corps dès le coup d’Etat de juin 1989 par lequel il s’empare du pouvoir à Khartoum et « mène des luttes politiques et militaires tant à Khartoum qu’aux confins du Soudan contre des groupes qu’il considère comme des menaces pour son autorité ». M. Moreno-Ocampo a requis un mandat d’expulsion à l’encontre d’Al-Bachir.
Le génocide a débuté en mars 2003, peu après l’échec des négociations entre le gouvernement et les rebelles du Darfour. Le mode opératoire est toujours le même : encerclement et bombardement des villes et des villages puis attaques terrestres conjointes des forces armées et des milices musulmanes janjawids au cours desquelles « les assaillants tuent hommes, femmes, enfants et personnes âgées. Ils soumettent les femmes et les filles à des viols massifs. Ils pillent les villages et les réduisent en cendre ». Selon le procureur « peu importe qu’il y ait ou non des rebelles ou des objectifs militaires valables » car « les cibles ne sont pas les forces rebelles ». La nécessaire « lutte contre l’insurrection », opposée par Khartoum, n’est qu’un « alibi ». « Omar Al-Bachir a organisé la misère, l’insécurité et le harcèlement des survivants ». Luis Moreno-Ocampo estime également que les victimes qui n’ont pu rejoindre les camps de réfugiés, au Tchad, subissent de nouvelles attaques dans les camps du Darfour.
En avril 2007, la Cour avait déjà émis un mandat d’arrêt pour crimes contre l’humanité à l’encontre d’Ahmed Harun, ministre délégué aux affaires humanitaires du Soudan. Harun a organisé l’expulsion du personnel humanitaire, entravé l’aide aux réfugiés et le déploiement des casques bleus. « Le génocide commis en imposant des conditions devant entraîner une destruction physique, associé à une stratégie élaborée de désinformation, constitue une stratégie efficace permettant d’atteindre une destruction complète », affirme M. Moreno-Ocampo selon qui les services de renseignement soudanais ont été utilisés pour manipuler « l’opinion publique locale et internationale ».
Des propos gênants pour l’ONU, dont le secrétaire général, Ban Ki-moon, s’est borné à souligner dans un communiqué que la Cour est « indépendante », l’Union africaine – qui déploie au Darfour conjointement avec l’ONU des forces de « maintien de la paix » avec l’efficacité que l’on sait – et pour la Ligue arabe, qui a annoncé la tenue d’une réunion d’urgence samedi. Une de plus…
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