Surpopulation : mythe ou réalité ?

Manifestement, la surpopulation fait partie de ces craintes ancestrales qui reviennent périodiquement sur le devant de la scène.

Depuis la nuit des temps, les hommes ont peur de leur nombre. Sans remonter trop loin dans l?histoire, on observe une poussée de fièvre en ce sens dans le monde occidental au cours des années soixante-dix, lorsque le club de Rome lance le slogan de la “croissance zéro”. Après une accalmie, la peur de la surpopulation se répand de nouveau. Ses tenants ont su monopoliser l?attention à l?occasion de la conférence sur la Population et le Développement qui s?est tenue au Caire en septembre. L’expression a un caractère émotionnel évident; elle est probablement excellente en matière de communication. Cela ne suffit évidemment pas pour en accepter l?usage sans autre analyse. Pour ne pas se laisser abuser par un mot, il faut en préciser la signification.

Une notion statistique

Dans ce but, signalons tout d?abord qu?il s?agit d?une notion statique, c?est-à-dire valable à un moment précis. Elle renvoie à la question de savoir si les hommes occupant un territoire ont, sur le plan économique en général, intérêt à être plus ou moins nombreux. Dans la pratique cependant, le terme reste ambigu.

Intuitivement, il est facile de s?accorder pour dire qu?un territoire est surpeuplé à partir du moment où on estime que les individus qui y résident seraient plus à l?aise, plus “riches”, s?ils étaient moins nombreux; c?est pourquoi tous les tests de surpeuplement reposent sur le manque de quelque chose (de nourriture, d?emplois, d?espace, etc.). Pourtant, rien ne permet d?affirmer que l?utilisation de ces différents critères aboutit à un diagnostic unique. En conséquence, parler de surpopulation sans indiquer par rapport à quoi ne veut rien dire ! De plus, lorsqu?aucun critère ne s?impose, la démarche scientifique exige de procéder par recoupements afin de mieux cerner la réalité (2).

Ces précautions ne sont pas suffisantes. Prenons en effet l?exemple, rencontré dans diverses régions du monde, d?une consommation alimentaire par habitant ne répondant pas aux besoins physiologiques. Avant de parler de surpopulation, encore faut-il vérifier que la sous-alimentation ne concerne pas qu?une partie de la population, ce qui signifierait alors qu?elle s?explique par le régime social en vigueur. De même faudrait-il s?assurer que le départ d?une partie de la population améliorerait la situation de ceux qui restent. Seconde leçon à tirer donc : ne pas confondre concomitance et causalité ! Toutes ces vérifications sont évidemment exigeantes; elles sont la condition d?un travail sérieux, rarement effectué malheureusement.

Enfin, il faut considérer la dimension opérationnelle : excepté pour ceux qui veulent exploiter son caractère émotionnel, quelle peut être l?utilité de la notion de surpopulation ? Au-delà de sa capacité descriptive et évocatrice, elle apparaît limitée. Pour le montrer, remarquons qu?il y a deux façons d?exprimer le fait que les ressources sont insuffisantes pour répondre aux besoins de la population : les uns diront que le territoire est surpeuplé, les autres diront qu?il est sous-développé… Il ne s?agit pas d?une querelle de vocabulaire. Dans le premier cas, on laisse penser que la population est responsable des difficultés rencontrées; mais comme on ne peut pas supprimer les personnes présentes, on déplace le problème en disant qu?il faut les empêcher de procréer; cela n?a évidemment rien à voir; seule une analyse dynamique (3) permettrait d?aborder une question qui concerne le futur. La seconde expression, celle de sous-développement, est plus positive puisqu?elle revient à chercher les moyens (politiques, sociaux, culturels, économiques, etc.), de satisfaire la population existante.

En conclusion, il est bon de savoir que :

- parler de surpopulation sans autre précision et globalement n?a aucun sens et ne correspond à aucune réalité;
- ponctuellement, la notion peut servir à décrire une situation momentanée (le métro aux heures de pointe !) sans que cela soit suffisant pour dégager des solutions pour l?avenir (notion statique);
- le plus souvent, le terme est employé pour faire peur (aspect mythique) afin de faciliter l?adoption de mesures malthusiennes dont les conséquences sont pires que le mal.

Source: Centredeformation.net

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