L’apocalypse à la sauce 70

L’apocalypse à la sauce 70

Image Hosted by ImageShack.usEn dépit de tous nos progrès nous en sommes revenus aux années 70, avec le même catastrophisme ambiant et les mêmes faiblesses très matérielles. La hausse du prix du pétrole renforce le monde arabo-musulman et la Russie, la hausse des matières premières donne à ce début du XXIème siècle un tour inquiétant. On se souvient du fameux Soleil vert , ce film de 1973 montrant une humanité ramenée à une anthropophagie sophistiquée. L’action était censée se dérouler en 2020. Nous allons voir ce qu’il en sera du prix de l’or, du blé ou du soja dans ces années-là.

Le plus lamentable est que la crise du pétrole aurait dû nous prévenir : il n’en a rien été. Nous utilisons les mêmes avions, les mêmes pétroliers et les mêmes véhicules (souvent plus lourds d’ailleurs) qu’il y a quarante ans et nous devons maintenant partager ce même pétrole et cette même nourriture avec beaucoup plus d’êtres humains.

Un autre film des années 70 qui m’avait marqué était Rollerball, avec des élites brutales qui fanatisaient leur monde ou le soumettaient grâce au sport, tout en s’amusant à détruire la nature. Il est clair que toutes les dictatures, communiste ou fasciste, aujourd’hui oligarchique, s’établissent sur le culte du sport.

Un troisième film, Munich de Spielberg, sur cette époque des années 70 m’éclaire aussi pour comprendre l’an 2008. D’une manière ubuesque le conflit israélo-palestinien n’a pas été réglé, l’islamisme chasse le Paris-Dakar du continent noir, et surtout on voit une impuissance diplomatique et stratégique totale de l’Occident. Il est bien sûr facile de se moquer comme les néo-cons, de l’Europe, mais c’est bien l’ambassade américaine que les Serbes ont incendiée avec l’approbation martiale de Poutine.

L’Amérique ne contrôle pas non plus la diplomatie de l’Irak alors qu’elle est censée bombarder l’Iran dans quelques mois. Pas plus qu’elle ne contrôle maintenant l’Amérique du sud. Les Chinois et les Japonais se fatiguent de soutenir le dollar d’une nation parasite qui vit depuis trente ans au-dessus de ses moyens et il est clair que le monde est de moins en moins réceptif aux diktats ou aux conseils américains. Tout cela sent aussi les années 70. On peut aussi évoquer la menace pakistanaise hors contrôle et le comportement afghan, pays vide de toute autorité, qui a multiplié par 80 sa production d’opium depuis le départ des Talibans.

Nous avons deux différences avec les années 70 : le problème du communisme tout d’abord, qui n’intéresse plus personne, et celui de l’Union soviétique, avec qui une catastrophe était toujours possible quand elle n’était pas uniquement évoquée à des fins manipulatrices. Mais nous avons une autre différence, c’est l’irresponsabilité à peu prés totale de nos dirigeants politiques, soumis aux médias et aux marchés, c’est-à-dire à dix mille traders collés à leurs écrans d’ordinateurs. Ici, il faut constater une dégénérescence du modèle démocratique qui ne sait plus quelle stratégie adopter. L’Europe, au bout de cinquante ans, n’a pas de langue commune et s’étonne de ne pas avoir d’unité culturelle politique ou diplomatique. C’est tout de même insensé : les Jésuites espagnols avaient unifié l’Amérique du sud sans moyens techniques. Les élections américaines ne se déroulent qu’en fonction du sexe, de la race, de la religion de l’immigration, imposée définitivement, et ils n’évoquent même pas la crise financière et économique américaine : on investira ailleurs, chez Ben Laden, comme on dit sur CNN latino (imaginons une chaîne arabe avec dix millions de téléspectateurs en France…). On n’évoquera pas le cas de la France qui ne fait plus rire personne, mais, et c’est amusant, dont les élites suscitent un dégoût physique de la part des électeurs.

La crise des années 70 a été interrompue par deux hommes : Reagan, qui a réarmé moralement et matériellement l’Amérique tout en ne se livrant pas à des invasions imbéciles et ruineuses et Paul Volcker, qui aura été le seul banquier central sérieux des USA, le seul monétariste. Là, nous revenons à un chaos stratégique et à une stagflation inquiétante, avec moins de ressources naturelles et une démographie toujours plus vieillissante, donc moins susceptible de nous aider à réagir. Nous sommes donc prêts pour vivre une apocalypse globalisée, lente et médiocre. Qui était celle annoncée dans les films que j’ai cités.

Nicolas Bonnal pour Novopress France

[cc] Novopress.info, 2007, Article libre de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
[http://archives-fr.novopress.info]

Novopress.info

    • ø articles liés

Culture Les derniers articles



Politique Les derniers articles



Société Les derniers articles