L’offensive idéologique du lobby gay

“Du mariage au bordel : l’offensive idéologique du lobby gay” par Philippe Verdin, o.p.

Thibaud Collin, philosophe soucieux de mettre en regard les aspirations contemporaines avec leurs fondements idéologiques, a choisi pour objet d’étude la revendication du mariage par le lobby gay en France. Ce combat des militants homosexuels est caractéristique du débat d’idées dans une société pluraliste au début du XXIe siècle : l’usage des slogans comme résumé d’une pensée, le souci d’utiliser la culpabilisation comme moteur efficace pour le triomphe de la cause, l’oblitération des références et de la dialectique philosophique, le détournement de l’exercice démocratique, la violence comme principal outil militant sont le cocktail que les enfants de 68 reconvertis en habiles utilisateurs des canaux de la société de spectacle agitent pour faire exploser le fragile équilibre de l’art de vivre ensemble et révolutionner la culture commune du bon sens.

Thibaud Collin, agrégé de philosophie, coauteur du livre d’entretiens avec Nicolas Sarkozy La République, les Religions, l’Espérance (Cerf, 2004), se penche avec l’acuité et l’objectivité du philosophe sur le phénomène social sur-médiatisé du mariage gay. Sujet à la mode donc, mais dont il n’est pas aisé de parler avec raison, et un brin de malice. La surveillance idéologique et sourcilleuse des bien-pensants de la sexualité libérée est telle qu’une importante maison d’édition religieuse, engagée pour la publication de cet essai, s’est finalement récusée par crainte des représailles d’Act up et des groupes de pression homosexuels. On peut discuter de la conquête spatiale, des réformes de l’enseignement, de la déforestation en Guinée, mais malheur à celui qui tente d’ouvrir un débat franc sur une question qui intéresse la législation française et la communauté nationale dans son modèle de structure sociale. Il est heureux que les ?ditions Eyrolles, pour inaugurer une collection d’essais philosophiques et politiques, aient choisi ce court ouvrage qui démasque sereinement les objectifs du lobby gay.

Culpabiliser le sens commun

Thibaud Collin rappelle comment la pression fut soudain mise sur l’opinion publique et le monde politique en mars 2004 par un sinistre fait divers : un homosexuel brûlé vif par des voyous. Aussitôt un collectif de sociologues, hommes politiques, leaders des groupes de pressions et philosophes signa un ” Manifeste pour l’égalité des droits ” qui revendiquaient les droits des hétérosexuels pour les homosexuels. Deux mois plus tard, Noël Mamère, responsable du parti écologiste, célébrait le mariage de deux hommes dans sa mairie de Bègles. Cette stratégie du lobby gay visait à culpabiliser le sens commun et à changer le sens même du mot ” mariage “. Le mariage civil ne renverrait plus implicitement au sexe des contractants, et serait ouvert aux individus du même sexe. Le manifeste s’habillait habilement de la bonne conscience d’une lutte égalitaire et d’un combat démocratique. Les opposants au mariage gay y sont qualifiés d’homophobes et l’homophobie décrite comme une forme de racisme.

Thibaud Collin s’interroge : le débat sur le mariage gay est-il possible, puisque les adversaires sont obscurantistes et racistes, donc disqualifiés, avant même d’avoir avancés leurs arguments ? Un débat peut-il avoir lieu s’il n’y a pas consensus sur des critères communs ? Y a-t-il entre les différents avis un patrimoine commun de conviction, un accord sur les règles du jeu antérieures au débat ? Si ce n’est pas le cas, le débat verse dans le bras de fer où seul compte le rapport de force et l’intimidation. Les partisans du mariage gay veulent persuader que leur combat revêt la forme d’une lutte contre le racisme. Dialogue-t-on avec un raciste ?

La référence constante des philosophes et sociologues enrôlés dans cette croisade démocratique apparaît aussitôt : Michel Foucault, qui écrivait : ” La politique est la guerre, poursuivie avec d’autres moyens. ” Elle renvoie également à la stratégie de Marx qui suggérait de détruire les cadres de pensée et d’action qui orientent les individus dans leur attitude et leur vision. Elle s’empresse de quitter le domaine de la philosophie pour celui de la sociologie, et s’appuie sur les théories de Pierre Bourdieu déroulées dans son livre la Domination masculine (Seuil, 1998).

Thibaud Collin fait remarquer avec ingénuité qu’il convient de parler de ” lobby catholique ” à propos des manifestations contre le Pacs, mais que l’expression ” lobby gay ” provoque l’allergie des instigateurs du ” Manifeste pour l’égalité des droits ” qui voient dans son usage le révélateur d’une mentalité de complot. Les homosexuels et les hétérosexuels qui se battent pour obtenir la légalisation du mariage gay ne sont bien sûr que des citoyens réunis pour défendre la démocratie, la liberté et la justice.

Réformer les conditions du politique

La stratégie des homophiles vise à la culpabilisation des ” citoyens privilégiés “, les hétérosexuels qui peuvent se marier, et à la dénonciation du sens commun comme d’un préjugé. En dernier lieu, elle est une action radicale pour réformer les conditions du politique telles qu’on les connaît et les pratique en France, ?une rupture totale avec les principes sociaux qui demeuraient en deçà de ces évolutions, puisqu’elle tend à détruire la manière immémoriale dont les êtres ont compris et vécu leur sexualité??.

Comment cette revendication incongrue du mariage gay a-t-elle pu recevoir un tel écho ? Le ” Manifeste pour l’égalité des droits ” prétend qu’il est homophobe et discriminatoire de refuser l’accès des gays et lesbiennes au droit au mariage et à l’adoption. Il s’appuie efficacement sur le souci contemporain des victimes, sur la lutte positive contre le racisme et les préjugés, sur le sens progressiste de l’histoire humaine ainsi que sur la volonté moderne de l’autonomie et de l’idéal critique. Le philosophe Pierre-André Terguieff a bien analysé ce mouvement : la posture des contemporains éclairés est que “tant qu’il y a différence entre des groupes, il y a matière à préjugés. Il faut détruire tout principe de différence intermédiaire entre le niveau individuel et le niveau générique” (La Force du préjugé, ?d. Galilée, 1087, p. 191). Thibaud Collin a beau jeu de relever une première et grossière contradiction dans le corpus idéologique des penseurs du lobby gay. Les mêmes revendiquent une égalité indifférenciée et sont saisis du réflexe identitaire caractéristique de la communauté gay, qui réclame des droits spécifiques pour les minorités.

L’enjeu, nous l’avons dit, n’est pas là : il ne s’agit pas de justice, mais de transformation radicale de la société. On a pu en effet s’étonner que les gays, volontiers émancipés, rallient soudain la vieille institution matrimoniale. Didier Eribon, l’un des penseurs de la gay-attitude, l’avoue carrément : “La revendication du mariage, souvent présentée comme réactionnaire, est en fait plus subversive que le discours de la subversion. Elle a un effet de déstabilisation de l’ordre familial, sexuel, du genre, beaucoup plus fort que la subversion incantatoire” (Regards n° 5, mai 2004).

Pour en savoir plus: Libertepolitique.com

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